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Par Salih Güler
Si vous aimez votre travail à Ankara vous ne vivrez jamais le "syndrome du début de semaine" . L'ennuie c'est le week-end. Que peut-on faire ici en fin de semaine ? Si ce qui existe et si mal entretenu pouvait au moins faire dire qu'il n'y a pas de prairies, de verdure et de ciel bleu dans cette Ankara constituée de béton.
Les gens ne trouvant aucun endroit pour se promener, se retrouver dans la nature, vont passer leur week-end dans les centres commerciaux. Tous des endroits clos, même les parkings. En hiver d'accord mais imaginez en été ! Par un temps magnifique, des gens qui se bousculent pour atteindre en premier les escalators, les odeurs désagréables des dizaines de fast-food qui vous frappent les narines, tout ça pour manger à la va vite. Bien que cela soit un peu difficile il y a pourtant dans les environs d'Ankara, des endroits où aller.
Ce week-end nous sommes partis pour Konya, une promenade que nous avions projetée par l'intermédiaire d'AFSAD - Ankara Fotoğraf Sanatçilari Derneği ( Association des Artistes Photographes d'Ankara). Nous allions voir le Lac de Meke et Taşkale dont on nous avait dit le plus grand bien. Nous étions quatre dans la voiture. Nalan, Melis, Hakan et moi-même. Hakan notre chauffeur expérimenté, encore plus brun dans sa chemise blanche et son collier à ses initiales, nous mène avec témérité. Nalan photographe amateur vient faire un stage à nos côtés, Melis elle est d'AFSAD. La circulation dense jusqu'au carrefour d'Ankara - Makas, nous fait perdre les amis qui nous précédaient. Sur la route une foule de camions et autobus, entre eux des voitures d' "Almancilar" (turcs en vacances venus d'Allemagne), tous surchargés de marchandises et passagers. Ils déposeront leur chargement à Ankara et dans les autres villes. Un véritable encombrement sur ces routes. En fait un exemple des routes en Turquie, dangereuses avec beaucoup de monde. Les véhicules de "o şimdi asker" (c'est un soldat maintenant -Expression utilisée pour les jeunes conscrits partant au service militaire ) doublant inconsciemment et les policiers à l'affût prêts à mettre des contraventions. En s'éloignant d'Ankara, la station FM commence à grésiller et les recherches d'une nouvelle station insupportables, publicités continuelles des stations locales de l'électronicien du coin ou des bouteilles de gaz. Et finalement nous sommes obligés de mettre une casette. Nous écoutons ce que Hakan aime. Nous sommes dans sa voiture, si tu veux n'écoute pas ! Aucune chance. Un homme aussi intrépide est-ce que ça existe ? Il a pris avec lui deux fusils, quatre revolvers, un mortier anti-aérien et vingt grenades, d'après ce qu'il m'a dit mais la voiture est réellement bien chargée...La réponse que vous pouvez donner à quelqu'un capable de vous laisser sur le bord de la route à la nuit tombée et qui vous demande si vous avez aimez sa casette est comme il se doit… évidente !.
Le premier groupe continue sa route, sûr de nous retrouver à Konya. Le maître İsa photographiant devant lui à plein cœur, nous les élèves à l'arrière. Tout le long de la route des champs et pas la moindre verdure. Nous nous arrêtons au premier arbre rencontré des kilomètres après avoir dépassé Gölbaşi. Impossible de rater cet instant. Comment de pas prendre de photographie! Aussitôt nous descendons de voiture, et appuyons sur les déclencheurs. L'arbre dont je ne connais pas l'espèce nous protége et nous accueil fier et gracieux. En fait notre but est de rendre jaloux l'autre groupe avec les photographies de cet arbre. Une demi-heure plus tard nous reprenons notre route dans l'obscurité pour arriver à Konya.
Devant prendre la route en principe de bonne heure le matin, nous partons tard
à cause des traînards qui ne se sont pas réveillés et la fournaise du mois de
juillet nous frappe en plein visage quand nous quittons Konya. Arrivés à Karapinar
nous prenons notre guide avec nous et environ 8 kilomètres plus loin nous parvenons
à Meke. En moi-même je bougonne " C'est ça qu'on nous a recommandé ?"
et pense "il y a des endroits plus intéressants, nous sommes vraiment
venus pour rien". Le terrain où nous nous garons est volcanique. Tout
est couleur de cendre. Des rochers noirs dans un paysage sauvage. Notre professeur
İsa de sa voix forte rompt la monotonie dans laquelle nous avons sombré: "
reprenez-vous les amis".
Nous nous reprenons et écoutons le guide. Il nous raconte par cœur que ce lac
de cratère est le "Dünyanin Nazar Boncuğu " (Perle contre le mauvais oeil)
et comment il a été formé il y a 4 millions d'années. Avec la chaleur j'ai du
mal à écouter, je n'ai qu'une envie prendre des photos et partir. Nous faisons
le tour du lac en suivant les traces laissées par des véhicules avant nous.
Je cherche à faire quelques clichés, nous cherchons tous également.
Plus je marche et plus je me sens maître de l'endroit. Peu à peu en avançant
le long du chemin je sens que mes yeux commencent à voir autrement. Cet endroit
est peut être différent de ce que je cherchais jusqu'à présent. Pas un seul
établissement dans les environs. Dans un endroit soi-disant touristique, ne
devrait-il pas y avoir d'immenses panneaux publicitaires de "cola",
un café aux volets, tables et chaises en plastique blanc ou un restaurant ?
J'aurais pu boire un coca bien frais et après m'être désaltéré, j'aurais pu
prendre des photos sans transpirer ?
Et non, rien de tout ça. Heureusement dans un sens. Avec des établissements,
les canalisations iraient dans le lac et il y aurait des poubelles partout.
Pochettes en nylon, bouteilles plastiques dans tous les coins.
Que les touristes viennent ici en prenant leurs précautions ! Que cet endroit ne ressemble pas à la Cappadoce ou à Antalya. Que les cendres grises restent tel quel, que les oiseaux migrateurs volent librement. Ne dégradons pas en quelques ans un lieu qui ne l'a pas été pendant quatre millions d'années. Qu'il ne ressemble pas au Lac Salé Tuz Gölü souillé par les déchets de Konya et Aksaray.
Effectivement je ne suis plus le même qu'au début. LA CHALEUR sur notre tête, même si c'est difficile de respirer, je commence à aimer le côté naturel de Meke. Plus j'avance et regarde plus ma vision change, un ou deux foulques et la belle couleur du lac. Les nuages se reflètent dans le lac. Plus je marche sur les cendres écrasées et plus je me sens envoûté. Quand cet endroit a-t-il été découvert ? Au cours du temps qui est resté en contemplation ? Qui a été ému ? Nostalgique ? Mon étonnement augmente au fur et à mesure que je progresse. C'est un autre monde; le sommet de Meke ressemble à un chapeau de feutre. La musique de Micheal Stearns me revient immédiatement en mémoire, le célèbre documentaire de Ron Fricke "BARAKA". Ce merveilleux documentaire qui a demandé sept ans de travail aurait du commencé dans cet endroit avec les oiseaux migrateurs.
Malgré LE SOLEİL, nous prenons des
photos. Un véhicule militaire soulève la poussière en nous dépassant. C'est
un site protégé du premier degré ici, bien sûr qu'ils passeront.
Tout le monde veut Melis comme modèle, avec sa robe rouge c'est comme si elle
faisait partie du lieu. Le lac derrière, Melis devant, elle se prend parfois
pour un mannequin.
Nous nous réunissons recouverts de poussières impatients de savoir comment seront nos photos. Personne ne se plaint. La seule chose que nous regrettons et ne pas avoir assez de temps. Nous n'en avons pas suffisamment pour profiter au maximum de tout. En espérant que les foulques et autres oiseaux migrateurs des alentours du lac n'abandonnent jamais ce lieu. C'est mon seul souhait. Que rien ne vienne… qui détériorera forcement cet endroit !
La prochaine fois je viendrais plus tôt, nous reviendrons peut être par ici. Je verrai ton lever du soleil, je veux voir les oiseaux migrateurs... J'attendrai jusqu'au soir. Je prendrais des clichés du soleil couchant et je te dirai au revoir.
Je ne le dis pas maintenant car je reviendrais.
Surtout ne bouge pas.
Reste pur et attends-moi MEKE…
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