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Fort de Gênes
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Il était 7h30 quand nous nous sommes mis en route. Le dimanche avait commencé de bonne heure. Hommes femmes de tous âges, curieux et enthousiastes nous étions quarante-cinq personnes en tout. Nous allions à Akçakoca et Konuralp avec un professeur d'histoire. Commençant par des vestiges de Rome et Byzance, jusqu'aux Ottomans nous devions suivre la trace des Génois.
Les routes étaient désertes, le temps clair et sec. Nous sommes rapidement arrivés aux carrefours de Kizilcahamam et Gerede. Les clairières de forêts dont la flore avait commencé à prendre une teint foncée. Çà et là encore de la neige en défit aux clameurs du printemps précoce.
Vers les 9h nous firent notre première halte au carrefour où se trouve les établissements Green Park/ Kaya Otel. Bien que dans l'autobus pendant tout le temps du trajet les cafés et thés aient été continuellement servis à profusion, je n'arrivais toujours pas à me débarrasser de mon manque de sommeil.
Ils avaient un bien autre goût les thés bus sur la terrasse donnant sur le petit lac de montagne voisin du jardin derrière l'hôtel Kaya face à la forêt. Je me suis promener sur les sentiers à moitié enneigés qui contournent le lac. Les colchiques me barrent la route. Longues pousses se dressant toutes jaunes entre la neige. Je ne dois pas m'éterniser sur colchiques, notre route est longue. Il faut oublier ici pour une prochaine fois, le jardin descendant vers le lac avec à une extrémité un large poulailler et des abris où les paons s'éveillent au printemps et gonflent leurs plumes de toutes les couleurs, saluant rapidement les voisins bavards et bruyants de mille tollés différents, je grimpe tout essoufflée dans l'autobus. J'évite de justesse que leurs récriminations n'augmentent en me mettant en retard.
Arrivés dans la vallée fertile de Düzce en descendant la montagne de Bolu d'un vert foncé et à demi dans les brumes, la saison a brusquement changé, la plaine s'était animée. Les branches des noisetiers dans les jardins qui longent les deux côtés de la route sont sur le point de verdir, les saules ont presque déjà des feuilles. Les colchiques de la montagne ont fait place dans la vallée aux lamiers violets. La fraîche étendue verte de la plaine avec la toile formée des monceaux de lamiers violets a pris l'aspect d'un kilim. Pas délicats du tout, symbolisant la force et la solidité, premiers sacrifiés des prés, seuls annonciateurs vivants du printemps, fleurs jaunes se balançant timidement, faisant des clins d'œil au milieu de la verdure. Les arbres fruitiers recouverts de fleurs blanches. C'est la première fois de la saison que j'ai vu, en dehors des photographies, des branches d'arbre habillées de fleurs. Si belles dans tous les jardins, les champs.
Sans nous arrêter à Düzce, nous sommes arrivés vers midi dans la région de Konuralp. Petite région qui nous accueilli lumineuse et étincelante déversant généreusement sur nous ses rayons de soleil, étonnement éblouissants et chauds pour un mois de mars. Les anciennes et nouvelles maisons s'élèvent légèrement en pente sur les hauteurs. Une architecture difforme et laide, encore plus de maisons, encore plus d'étages construits en hâte ont défiguré cette ravissante cité.
Ici, c'est une ville bâtie sur la route commerciale dans la région de l'antique Bithynia. Fondée par les Grecs et laissé en héritage aux Romains en 76 avant JC. Région des premières conquêtes ottomanes. De Söğüt, après İznik, première tentative vers la mer des Ottomans précurseurs. D'Akçakoca ils dominèrent la région avant de parvenir à la mer. Aujourd'hui les vestiges de la ville antique et les murailles ottomanes saluent la ville du haut des collines.
Konuralp cache tant de surprises merveilleuses, sous un aspect modeste, calme et chaleureux. Un théâtre romain presque intact avec des marches régulières en pierre, adossé à la pente douce des hauteurs. De tous les côtés entouré de maisons de ses gracieux voisins qui n'ont sûrement jamais assistées aux pièces, ni même jamais vu jouer de pièces sur scènes, jamais lu de poèmes et très probablement jamais entendu le nom d'Homère.
Après une courte promenade entre les maisons du marché nous arrivons au théâtre. La porte de la ville se trouve sur le chemin. La porte doit son nom de "atli kapi" des motifs de cavaliers qui se trouvent sur le haut. Le théâtre a été construit au 1er siècle après JC et porte les mêmes caractéristiques architecturales que le théâtre de Knidos.
Le musée est d'une taille importante et d'une richesse inattendue pour cette contrée. Ce bâtiment, une ancienne école primaire a été endommagée lors du tremblement de terre du 12 novembre 1999, a été ouvert au public les travaux à peine terminés. Quelques modifications et compléments ont également été effectués. De nouvelles galeries d'exposition et une salle de conférence modernes ont été ajoutées lors de la restauration, mais deux seulement sont actuellement ouvertes au public.
La salle dans laquelle sont exposés les objets ethnographiques n'est pas très différente des musées anatoliens, ni des maisons musées qui conservent leurs caractéristiques régionales. Ces dernières années au lieu de s'en tenir à des expositions classiques, les scènes de la vie quotidienne sont représentées sous une forme plus vivante avec l'exposition dans les différentes parties des maisons anciennes, d'objets fonctionnels, vêtements. Les musées et maisons qui reflètent ce genre de particularités ethnographies permettent de mettre en valeur également, l'artisanat et les métiers traditionnels avec l'exposition d'outils et matériaux utilisés.
La salle réservée aux vestiges des époques de Rome et Byzance de cette région rurale est un véritable miracle. Statues entières ou en morceaux de Cybèle à Venus, flacons et coupes sacrées, amphores et une riche collection de pièces non méprisable. Des pièces en or et argent datant du Grand Alexandre au côté de pièces ottomanes renvoient aujourd'hui leurs éclats des vitrines.
Les nombreuses colonnes romaines dans le jardin en pente du musée attendent d'être lues, depuis deux mille ans qui sait combien de messages portent-elles ? Il y a dans le jardin un immense sarcophage richement orné qui montre bien l ‘importance de la région.
Le marché de cette petite et ravissante bourgade décoré de bannières des partis politiques participant aux élections régionales et l'allégresse des bureaux de vote donnent un air de festival à l'endroit. Comme si la quantité et l'exubérance des bureaux de vote, bâtiments des partis, drapeaux étaient équivalent à la tendance politique générale. En s'éloignant des grandes villes, il est plus facile de remarquer certaines choses. Ici tout est plus sincère.
Nous continuons notre route et dépassant les sommets nous descendons vers la mer. Avec l'influence de l'air maritime, la flore commence à changer d'aspect. Davantage d'arbres fruitiers, à côté des colchiques des touffes de cyclamens violets également et même une multitude de violettes. La plaine fertile s'est simplement revêtue de minuscules myosotis bleus.
Les noisetiers abondent en approchant d'Akçakoca car la région est un important producteur de noisettes sèches. Nous arrivons dans une ancienne agglomération génoise. Dans l'Antiquité ce port des côtes de la Mer Noire était l'une des plus importantes colonies pour les navires de commerce qui transportaient huile d'olive, vins et figues de la région méditerranéenne.
Sur la place principale de la ville dans un grand parc une triple statue nous accueille. Statue représentant Osman Gazi, fondateur de l'empire ottoman, Akça Koca Bey et Konur Alp Bey, commandants qui conquirent la région. Juste en face d'eux l'œuvre architecturale qui couronne Akçakoca, Merkez Camii. Mosquée construite fidèlement sur un projet de l'ancien maire d'Ankara et architecte Vedat Dalokay. Un exemple plus grand de cette mosquée a été construit au Pakistan à Islamabad, son architecte a obtenu un prix international. La mosquée de forme pentagonale, une architecture moderne dans un style inspiré des anciennes yourtes turkmènes, est avec ses magnifiques vitraux un très bel édifice clair. C'est de toute ma vie l'unique mosquée la plus lumineuse que je n'ai jamais vu. Le travail raffiné des balustrades en bois qui entourent la mezzanine jusqu'à la chaire, la lumière filtrée des vitraux qui inonde l'intérieure et éclaire chaque recoin de la mosquée. Les doubles minarets de forme originale, la lumière diffusée par les vitraux, lui donne, il faut le préciser une fois encore, une image intensément moderne.
A quel point est-il possible de connaître réellement un village en marchant si rapidement ? Les façades des maisons alignées côte à côte et adossées à la colline, surplombant le port, surveillent de loin l'arrivée des navires et vis à vis du phare au bout de l'abri de pêcheurs reflètent le secret de cette vielle bourgade. D'anciens murmures mystérieux ondulent à travers les feuilles encore vert foncé des lauriers-cerises des jardins.
Je descends rapidement vers la rive par un chemin ombragé qui se trouve en face des maisons et m'installe tout de suite à une table de bois d'où j'embrasse l'effervescence dans son ensemble, abri de pêcheur, marina, digue et berge. Quand le serveur me dit "Nous avons des anchois", je me promets immédiatement de revenir le plus vite possible. Des anchois suffisent ? Les barques de pêcheurs viennent juste d'apporter les rougets ce matin. Pour ce paradis des légumes, les salades sont plutôt médiocres. A mon avis ils pourraient apprendre de leurs voisins d'Amasra à les préparer et à les servir.
En fait Akçakoca et Amasra sont devenus les lieux de villégiatures des habitants des villes intérieurs comme Bolu et Ankara. A première vue dans Akçakoca, quelques hôtels quatre étoiles, beaucoup de pensions, des cafés, restaurants et tout le long de la rive d'innombrables établissements où l'on peut manger et boire. Mais la saison n'a pas commencé encore. La plupart des établissements sont fermés et vides. Et ceux qui ont ouvert leurs portes n'ont pas fait même le geste de préparer un thé en voyant tant de monde.
Notre programme après le repas est de voir "Cuma Yeri" et de grimper jusqu'au Fort de Gênes. Cuma Yeri est un lieu d'excursion au bord d'un ruisseau où les différentes familles nomades de la tribu des Oğuz se retrouvaient pour la prière du vendredi (Cuma), faire leurs achats au marché et se purifier en se lavant au hammam. Imaginez une prairie verdoyante entourée de platanes et d'ormes vieux de 600-700 ans. D'un côté les ruines d'un hammam, une ancienne mosquée encore en fonction et le clapotis d'un ruisseau. Longeant le ruisseau des tables de pique-nique occupées par les habitants d'Akçakoca et un petit établissement mi-restaurant mi-café dont la porte était ouverte. il y avait là un homme en train de lire son journal. Et malgré tout ce que nous disions, il n'a pas bougé d'un pouce, seulement dit qu'ils étaient "fermés" sans faire le moindre geste d'aller préparer un thé.
Non loin de-là sur l'étendue verte de pique-nique, quatre femmes et un enfant avaient posé une nappe sur l'herbe. Intriguée par ses quatre femmes recouvertes des pieds à la tête dans leur "çarşaf" noir (tcharchaf ou tchador), je m'avançais vers elles et les saluais. Elles m'invitèrent immédiatement à me joindre à elles et je m'assis quelques instant. C'était des jeunes filles gracieuses et de conversation agréable. Trois d'entre elles de 17-19 et 21 ans étaient d'Akçakoca et étudiaient depuis quatre ans dans une école religieuse privée de Fatih à Istanbul. La quatrième une femme d'une trentaine d'années, leur professeur d'Istanbul, était venue les voir. Ces filles particulièrement gracieuses avec des yeux et un teint clairs, étaient si jolies. Leur attitude était amicale et chaleureuse. Sans poser la moindre question elles m'invitèrent à me joindre à elles et à partager leur table avec empressement, mais tout en s'emmitouflant bien dans leur tcharchaf noir.
Notre excursion se termina cette fois-ci avec la visite du Fort de Gènes. Blotti dans la verdure sur une hauteur on y parvient le long de la rive par des marches faites dans la fameuse pierre brillante d'Akçakoca. De l'intérieur du fort à la rive une multitude de familles pique-niquant. Le thé était prêt mais le gérant devait se demander comment il allait faire pour servir quarante-cinq personnes. A chaque fois il trouvait une nouvelle excuse : "La saison n'est pas encore commencée". Cette fois-ci je fus l'invitée d'une famille de jeunes employés qui était assise face au soleil couchant. Nergül et son mari venaient d'être nommés un mois auparavant à Kastamonu. Ils s'étaient bien habitués à leur nouvelle maison et à leur travail et avaient déjà commencé à pique-niquer. Le petit Ömer de six ans la mine réjouie courut d'abord avec son père laver les verres sous le robinet, pour m'offrir du thé et cassa ensuite avec empressement une poignée de noisettes d'Akçakoca.
Il était 18h30 et le soleil avait sérieusement baissé, se servant de ses derniers rayons qui différenciaient les criques des unes des autres, pour colorer la face brillante des rochers, miroirs étincelants d'Akçakoca. Notre chef de groupe donna le signal du retour. Je suis retournée vers le car en laissant une partie de moi sous les arbres du fort de Gênes au soleil couchant.
Maintenant je dois attendre l'appel d'une autre randonnée pour reprendre la route. Je crois que cela me parviendra soit avec une chanson soit avec un parfum mêlé au vent.
Birsen Karaoğlu
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