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Photos Patricia Kaur
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Source: La Passerelle
Non ce n'est pas une sorte de biniou, vent ou crachin breton... ! Mot à consonance celtique mais turc signifiant gainier, communément appelé arbre de Judée, pour tout avouer c'est un cercis siliquastrum de la famille des Cæsalpiniées.
Soyons encore plus précis, en persan erguvan est une couleur... sa couleur !!
En bonne déformation filiale (papa botaniste), un petit rappel très court, rassurez-vous... L'arbre de Judée fait entre cinq à huit mètres de haut, a des feuilles arrondies en forme de cœur et des fleurs roses qui s'ouvrent en avril et en mai, son fruit rouge foncé ressemble à une cosse de pois. Poussant à l'état sauvage dans les régions méditerranéennes, ce qui n'étonnera pas de son choix pour Istanbul, il se développe rapidement. Surprenant... ses fleurs s'ouvrent directement sur la branche avant même l'apparition des feuilles, les gousses de l'année précédente encore suspendues aux branches lui confèrent une touche légèrement négligée cadrant admirablement dans l'inégalable fouillis environnant que l'on connaît. Ses feuilles rondes très décoratives donnent une ombre délicieuse et ce cercis siliquastrum ne se laisse pas impressionner par les sécheresses caniculaires. Rustique et très résistant à la pollution...connaissant notre chère ville de cœur, c'est idéal !
Une vérité de La Palice, pardon mais c'est comme ça, l'arbre de Judée prend son nom de sa terre d'origine et sa couleur initiale était blanche parait-il. D'après une légende notre illustre Judas pris de remord pour avoir dénoncé Jésus se serait précisément pendu à cet arbre, qui lui aussi aurait rougi de honte... la légende toujours la légende... Ainsi sa teinte ne seyant plus aux tons ocres de son terroir d'origine, l'arbre aurait ressuscité, repris vigueur et comme beaucoup d'entre nous élu patrie parmi les bleus et verts admirables d'Istanbul...
Rouge violacé, couleur symbolique... Après la prise de Rhodes, Soliman le Magnifique aurait-il réellement reçu le commandant de l'île sous une tente aux tons de cet arbre ?... Marque de noblesse en Egypte ancienne… Impensable un empereur romain sans ses drapés incarnats !... Suprême emblème héraldique chez les empereurs byzantins, caftans, souliers, sièges, dais, étoffes étendues sous leurs pieds lors des sorties en public (notre fameux tapis rouge...)... Pas de couronne, la belle couleur différenciait les dignités byzantines des autres souverains… couleur de Constantinople qui se retrouve dans le palais de Topkapi sur les caftans des sultans ottomans. Ces padischahs trouvant la quantité d'arbres maigrelette n'hésitèrent à en faire planter abondamment...merci à eux !!
Symbole printanier d'Istanbul, l'arbre de Judée parsème avec délice les flancs du Bosphore de touches lumineuses et fragiles, un épanouissement qui ravit le cœur et réchauffe l'âme. Un bonheur redécouvert chaque année ! On ne se lasse pas d'admirer ses pompons délicats roses ou violacés… Istanbul ? ...un gros cafouillis urbain ! Mais quel plaisir de se retrouver en quelques minutes à peine dans un monde merveilleusement différent, de faire une bonne balade au bord de l'eau ou sur les hauteurs du détroit... Il faut avouer notre chance! Née dans l'une des plus belles villes du monde, la Parisienne que je suis ne se lasse toujours pas, même après plus de trente ans, de contempler ce renouveau printanier parmi les Yali, ces majestueuses demeures de bois faisant saillie au-dessus de l'eau. Résidences d'été des Pachas et Grands Vizirs elles furent construites vers la fin du XVIIe siècle sur les rives du Bosphore dans l'écrin verdoyant des versants boisés et enluminés au printemps par les fleurs éblouissantes des arbres de Judée... Comment ne pas se laisser emporter par le lyrisme du lieu ? Dans l'Iliade Homère parle de l'arbre de Judée. Source d'inspiration pour maints poètes, Orhan Veli, Şeyh Galib... Ahmed Vefik Pacha, ambassadeur de la Sublime Porte auprès de Napoléon III venait souvent s'assoire sous cet arbre quand il se trouvait au Fort de Rumeli. Pour être sincère et donner ses vrais lettres de noblesse à l'arbre de Judée, il faut aussi l'admirer de la mer. Passer banalement le long des rives serait lui faire injure... Quoi de mieux qu'un petit tour en vapur ... et profiter pleinement du panorama unique que nous offre le Bosphore ? Comment ne pas imaginer non plus l'aisance avec laquelle les kayik, sveltes embarcations, glissaient, s'entrecroisaient dans ce magnifique détroit qu'est le Bosphore. Dames dissimulées sous une ombrelle, effleurant l'eau du bout des doigts… On se sent revivre avec ce tout début de printemps et l'imagination entraîne…entraîne... Mais il existe une autre réalité… pas mal non plus ! S'installer dans un petit café sur les berges, respirer à fond, s'imprégner de tout ce que l'on voit et se laisser envoûter, on ne peut plus consentant... Fleurs éphémères, subtiles qui n'ont qu'un printemps...mais paradoxalement éternelles. Michèle Tengizman Goris Désirez-vous faire un commentaire à propos de cet article?
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